Dix astuces

Mener de front vie professionnelle et personnelle, c’est le défi de la plupart d’entre nous. Même en courant toute l’année, nous n’avons pas assez de temps pour tout faire. Voici dix clés pour comprendre pourquoi nous menons une vie de fou… et surtout pour donner un sens à cette course haletante insensée.


1. Reconnaître que le travail a pris une place démesurée

 

Pressions, réunions, embouteillages… Répétition quotidienne d’une course contre la montre. Fatigue, migraine, insomnie… Pourtant, nos grands-parents abattaient des journées de 12 heures sans flancher. Sommes-nous devenus de petites natures ?

Serge Marquis, médecin et conférencier spécialisé en gestion de stress, s’interroge plutôt sur l’évolution des valeurs : « Avant, le travail occupait une place équilibrée par rapport à d’autres dimensions, notamment les dimensions qui permettent aux être humains de se construire: la famille, la communauté, la religion. Maintenant, le travail est au centre de la vie ».

Non seulement on se définit par le travail mais, le plus souvent, on gère sa vie de la même manière, avec les mêmes objectifs de performance et de productivité. Ainsi, même en vacances, on se planifie des timings chargés d’activités. Les imprévus dérangent, la vie est devenue un job.

 

2. Donner du sens à notre vie et à notre travail

On travaille pour une entreprise, pour un salaire, pour une promotion, pour payer les crédits, pour élever les enfants, pour acheter une piscine. Pour … La carotte au bout du bâton. Une drogue dont le dosage doit sans cesse augmenter. On fonctionne par réflexe conditionné, comme le chien de Pavlov. Et comme lui, on finit par ne plus sentir le choc électrique, aussi intense soit-il.

Et si on travaillait «parce que» plutôt que «pour»? Dans ces deux petits mots, on voit apparaître la notion de sens. « Carl Jung disait que la possibilité de donner un sens à quelque chose permet de supporter presque tout, et que l’absence de sens conduit à la maladie », rappelle Serge Marquis. C’est en nous engageant dans un projet qui nous ressemble, et sur lequel nous avons un certain contrôle, que nous pouvons trouver un sens à notre vie.

3. Réajuster notre relation au temps

L’efficacité des nouvelles technologies de communication a un prix : la disponibilité. Boîte vocale, portable, courrier électronique, il faut répondre immédiatement. Au travail, en voiture, à la maison et à toute heure. Plus de tranquilité, il faut rappeler presto le client paniqué ou répondre à son entourage débordé.

Selon Serge Marquis, la technologie a modifié radicalement notre rapport au temps. Une attente qui nous semblait acceptable il y a seulement quelques années devient difficile à supporter… Il prend pour preuve notre agressivité face à un simple feu rouge. Le médecin a chronométré : un feu nous immobilise en moyenne 30 secondes. Trente petites secondes pour lesquelles on se met en rogne et on fait pomper notre cœur.

On confond action et agitation. Quand on est reposé, on a des gestes efficaces. Quand on est stressé, on fait une multitude de petits gestes qui donnent l’illusion de l’efficacité. On confond sueur et résultats. Il existe pourtant des techniques de gestion du temps efficaces. Et des boutons pour déconnecter les portables.

4. Apprivoiser le méchant loup qui est en nous

Pour tout être vivant, le stress est un réflexe de défense devant la menace. Hier, le loup. Aujourd’hui, la crainte de perdre son job, ses biens matériels… La crainte la plus prégnante ne vient pas de l’extérieur, mais de l’intérieur : notre propre peur de ne pas atteindre nos normes de performance.
Car, s’il est vrai que le contexte et le rythme de travail ont changé, la véritable menace vient le plus souvent de notre propre perception des événements. Selon Serge Marquis, nous aurions tout simplement «intériorisé le loup» … Et nous aurions avantage à faire notre « examen de croyances » afin d’adapter nos perceptions à la réalité.
Faire son «examen de croyances», c’est exorciser ses idées catastrophiques, et se rendre compte que certains événements n’entraîneraient pas nécessairement les conséquences que l’on craint. C’est aussi faire face à ses émotions.

5. Apprendre à supporter l’imperfection

« Le péché, ce n’est plus la paresse mais l’hyperactivité ! » lance le philosophe Jacques Dufresne. Entre le 5 à 7 d’affaires et l’achat du nouveau système de son, il n’y a tout simplement pas de place pour le repos, voire pour le plaisir. Et si on transformait nos machines à performance en machine à tolérance ? Si on apprenait à doser nos occasions de stress, à être moins parfaits ? Si on acceptait de reporter et de choisir, autant les obligations que les plaisirs? Et si on se donnait l’obligation de se reposer ?

La question n’est pas de savoir si on a ou non raison d’être fatigué, mais de se rendre compte de sa fatigue et d’y remédier en se reposant, en faisant des choses intéressantes et, parfois, en changeant d’attitude. Sans cette vigilance, on risque tout simplement de ne pas pouvoir se lever un de ces bons matins et de rejoindre tel ex-collègue sur la liste des accidentés de la vie…

6. Être plus critique avant de dépenser

Ne travaillons-nous pas assez dur pour mériter tous ces biens matériels ? Certes, mais on devra «travailler fort» pour pouvoir payer tout ce qu’on a choisi de considérer comme indispensable. Et supporter un rythme de vie dont nous nous plaignons souvent. Pourtant, toutes les dépenses ne sont pas toujours indispensables : on peut revoir ses choix. Au lieu d’être stressé parce qu’il faut à la fois payer les crédits et faire réparer le lecteur CD, on peut, comme serge Marquis, écouter des cassettes pendant quelques semaines ( voire décider de rester locataire!). Il est souvent possible de se priver temporairement d’un plaisir plutôt que de s’endetter pour obtenir une satisfaction immédiate. Et ainsi réduire le stress.

Tim Kasser, psychologue américain, observe lui qu’au cours des 40 dernières années, la courbe de revenu par habitant n’a cessé d’augmenter dans les pays riches, alors que le nombre de personnes se disant heureuses a décru.

7. Passer à l’action au lieu de ruminer

Gérer son stress, c’est aussi se donner les moyens d’agir. En passant à l’action, on rumine moins, et on peut souvent influencer le cours des choses. Jacques Dufresne cite le cas de cette jeune professionnelle que sa charge de travail empêchait de songer à la maternité. Elle s’est confiée à ses collègues, tout aussi épuisés, et, ensemble, ils ont mis carte sur table avec l’employeur. Depuis lors, plus personne ne travaille jusqu’à 22 h.

Mais que faire quand on a l’impression d’avoir tout essayé sans succès pour résoudre encore et toujours les mêmes problèmes? Car on essaie souvent de régler les mêmes problèmes avec les mêmes solutions. Si ça fait 100 fois qu’on répète la même chose et que personne ne comprend, il y a nécessairement quelque chose que nous n’avons pas compris nous-mêmes.Il faut donc changer de stratégie.

Dans Les quatre clés de l’équilibre personnel, Jacques Lafleur raconte le cas des deux secrétaires complètement débordées à la suite du départ d’un collègue. Pendant trois mois, elles mettent les bouchées doubles, tout en se plaignant de leur charge de travail à leur patron. Ce dernier multiplie les promesses d’embauche sans passer à l’action… jusqu’à ce que les deux secrétaires lui annoncent qu’à compter de la semaine suivante, elles reprendront leur horaire normal. Trois jours plus tard, une nouvelle secrétaire est engagée.

8. Exercer notre corps pour aiguiser notre conscience

C’est bien connu, le sport réduit le stress et favorise la détente. L’activité physique donne des ressources pour mieux affronter les situations de stress. Elle permet d’évoluer à un niveau de pensée supérieur et d’ouvrir les perspectives. Autrement dit, on se concentre moins sur les détails d’un problème, davantage sur les solutions.

Mais attention à ne pas reproduire dans le sport les mécanismes de l’épuisement. Il faut choisir une activité qu’on aime pour être capable d’en tirer des bénéfices, et se garder de tomber dans le piège de la performance. Ce n’est pas en kilomètres, longueurs de piscine, ou tonnes de fonte qu’il faut calculer, mais en bien-être.
Les techniques de relaxation se révèlent aussi un excellent moyen de prendre soin de son corps. Manque de temps? La relaxation peut s’intégrer à la vie quotidienne. Ascenseur, guichet, file d’attente, métro, salle d’attente… Au lieu de ruminer, on peut se relaxer.

9. Partager le plaisir de vivre

« On a moins peur du loup lorsqu’on est dix à l’affronter », rappelle Serge Marquis. La clé ? S’entourer et nourrir les relations précieuses. S’approcher de tout ce qui peut s’avérer protecteur. Au quotidien, on prend le temps de s’informer de la santé de sa collègue, de passer chez son meilleur ami, voire de gratter les oreilles de son chien. « Nous sommes des vivants et avons besoin des vivants », tranche Jacques Dufresne. Se rapprocher des vivants, c’est prendre le temps de partager un repas, même un dîner d’affaires, c’est organiser une rencontre à l’extérieur plutôt qu’entre quatre murs gris. Moins de biens, plus de liens.

10. Changer de vie?

Stress, épuisement professionnel, dépression, fatigue chronique, somatisation… Notre vocabulaire s’est enrichi d’une flopée de mots évoquant notre crise existentielle. Le vent est-il en train de tourner? « Dans mon entourage, de plus en plus de gens, pressés comme des citrons, renonceraient à la moitié de leurs revenus pour adopter un mode de vie plus détendu », témoigne Jacques Dufresne.

Le coût social du stress est énorme. Certaines études avancent que 90 % des consultations médicales et 80 % des accidents de travail y sont liés. Autrement dit, si on développe des ulcères ou qu’on se blesse sur la chaîne de montage, c’est peut-être parce qu’on ravale notre peine ou qu’on gère mal notre stress. Souvent notre environnement de travail n’améliore en rien les choses.

Changer de vie est-ce possible? «Oui, répondent sans hésitation les spécialistes du coaching, à condition d’en faire une affaire personnelle.» À chacun de prendre un moment pour trouver un sens à sa vie et chercher des solutions en vue d’adopter le rythme de vie qui lui convient. Le meilleur choix de vie est celui qui nous laisse un maximum de temps. «Je pense qu’il faut s’arrêter pour réfléchir, résume Jacques Dufresne. Même si on n’a pas le temps, surtout si on n’a pas le temps ».